Travail, jusqu'au tombeau
- cingolanisofia8
- Mar 7, 2023
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Updated: Mar 7, 2023
Paris se chauffe pour une troisième journée de manifestations contre la réforme des retraites. L’enthousiasme de la population se manifeste sous différentes formes. Pour Attac, une association militante pour la justice, la musique est la voix de la raison.
C’est le calme avant la tempête. Les reflets dorés des statues de l'Opéra brillent sur les camions des syndicats. Ils se positionnent face au bâtiment, installent leurs haut-parleurs et gonflent des ballons. Des éclats de rire se mêlant à une odeur de saucisse donnant l’eau à la bouche : la scène est conviviale. Face aux stands commençant à former des queues interminables, d’enfants et d’adultes, qui attendent leur tour pour se remplir le ventre avant la manifestation.
Les pancartes de couleurs éclatantes brûlent sous le soleil d’hiver. Quelqu’un danse aux vibrations des haut-parleurs, la musique assourdissante : rock, pop, reggae. Chaque chanson correspond à un groupe différent : de grands rassemblements de personnes commencent à se créer, une combinaison hétérogène. Rouge pour la CGT, rose fushia pour l’Union Syndicale Solidaires, vert pour Sud Rail.
« Ça, c’est la vraie France : la population descend dans la rue toutes les fois qu’il faut. Malgré le chaud ou le froid, malgré la fatigue, on est là, »

une petite dame aux cheveux blancs et
aux rides sur le front s’exclame, les
larmes aux yeux couleur azur. Basquettes aux pieds, pancarte à la main, elle rejoint les chœurs criant son désaccord à la réforme des retraites. «C’est un beau moment : on partage,
on est tous en difficulté, mais on chante ensemble, on boit une bière pour se rafraîchir jusqu’à la fin. On est heureux » la détermination est palpitante dans sa voix.
Elle observe fièrement les jeunes organisations qui l'entourent.
Un cri de rage
Les têtes d’Emmanuel Macron et d’Elisabeth Borne reposent sur le sol. Le scotch qui claque dans l’air : une jeune fille prend les têtes imprimées sur le carton à la main et les attache fermement aux bâtons. Son souffle irrégulier révèle une certaine excitation, commune à la foule de gens qui commence à se rassembler Place de l'Opéra. À son coté, Attac et Les Rosies brandissent leurs drapeaux : le symbole du pourcentage rouge ressort du fond blanc. « Aujourd’hui, on lutte contre ce projet de réforme injuste, injustifié et illégitime, » explique un porte-parole de l’association, qui milite depuis 1998 pour la justice fiscale, sociale et écologique. Ils invitent les manifestants à les suivre jusqu’à la place de la Bastille puis à les rejoindre à 19h en face de l’Assemblée Nationale. La tension est palpable entre les membres du groupe et ils n’hésitent pas à expliquer leur rage. « On a assisté ce matin à une forme de répression de la part du gouvernement. C’est absurde, mais on ne se taira pas ! » rugit Imen Habib faisant référence à la mise en garde à vue de 9 militants ce matin avant la manifestation. Il s’agit d’un petit rassemblement devant l’Assemblée Nationale, craie à la main, un chasuble géant bleu sur la statue portant le message « 64 ans, c’est non !». Des dégradations et pressions inqualifiables selon la présidente de l’Assemblée nationale, Yael Braun Pivet.
Chorégraphes pour un jour
Imen suit toujours l’action des Rosies, un mouvement féministe qui organise des initiatives créatives sur les mouvements sociaux. « Nos actions sont festives, notre point de force est exactement le mélange de joie et détermination qui permet à toutes et à tous de nous rejoindre.»
Elle fait le tour du champ avec un petit sac de maquillage. Un crayon noir à la main, elle dessine avec précision une tête-de-mort sur le visage d’une dame aux gants jaunes et à la combinaison bleu. “La tenue et la tête-de-mort sont notre emblème. C’est une allégorie: si on n'intervient pas, on va travailler jusqu'à la mort, mieux vaut lutter jusqu’au tombeau!” Elle reprend ces paroles et fredonne la chanson “Nous, on veut vivre!”. Son collègue prend du camion des flyers et il les distribue aux gens déjà déguisés. Des feuilles couleur ambre invitent à suivre les chansons éditées par l’organisation. “C’est très efficace de reprendre la mélodie des hits du moment et d’adapter les mots à notre cause. Il faut remercier Lou Chesné et Youlie Yamomoto, en première ligne depuis le début.” Les deux porte-parole sont entre les mains de la police.
Tout est prêt. Le moteur du camion bleu rugit et génère une odeur nauséabonde: la marche commence. Les haut-parleurs diffusent de la musique fracassante. Les notes de “Freed From Desire” attirent la foule. Sur la voiture en marche, les jeunes filles dansent et crient
“On n'oubliera pas!”.
L'énergie touche les esprits et force jeunes et moins jeunes à suivre la chorégraphie. Au fond du cortège, les pancartes noires se détachent du ciel: les mots injustice, pénibilité et précarité sont écrits sur les ailes de corbeau en carton.
Les références à Macron et à Borne sont partout: que ce soient leurs visages imprimés sur du papier ou encore leurs prénoms dans les phrases des chansons. “Pour vous peu importe que cette réforme soit régression!” Un cri pacifique et vivace réunit la population française, loin des fumées des lacrymogènes et des panneaux publicitaires cassés. Une voix unique: Attac!












































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