Les terroristes de la liberté d’expression
- cingolanisofia8
- Mar 7, 2023
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Main à la poche, les actionnaires oligarques conquièrent de plus en plus le panorama médiatique français. Le dernier attentat: le procès Altice v. Reflets. L'ensemble de la profession des journalistes se bat alors pour défendre les droits des citoyens à la Cour d’appel de Versailles.
“Si on interdit aux journalistes d’avoir accès aux sources, les citoyens n’auront plus la possibilité d'utiliser les droits pour voter, être informés et prendre des décisions libres”.
Antoine Champagne, rédacteur en chef de Reflets.info.
Et justement, aujourd'hui, ce risque pèse sur la presse française à cause de certaines sociétés, notamment Altice. Les nouvelles victimes? La société Rebuild.SH et son journal d'investigation en ligne et d'information‐hacking Reflets.info.
30 janvier. Cours d’appel de Versailles. Procès Altice v. Reflets. Les journalistes en ont ras-le-bol. Ils discutent, ils sont en colère, l’indignation est forte. Les actionnaires ont dans leur poignet les journaux, en extinction sur le marché financier.
“Il y a des groupes comme le groupe Altice qui tente le coup et qui essaye de législer des journalistes en avançant le moyen de droit du secret des affaires,”
révèle Maître BASILE-OUDET, lors d’une interview à la fin de la session. A l'extérieur du bâtiment de Versailles, journalistes et avocats se rassemblent. Ils cherchent le moyen pour se libérer de la censure préalable ordonnée par le Tribunal de Commerce de Nanterre le 6 octobre. Le SNJ (syndicat national des journalistes) fait appel au premier verdict du procès: la question regarde désormais l’ensemble de la profession.
La décision implique l’interdiction d’utiliser les données piratées sur la société de Patrick Drahi (Altice) pour écrire des articles et pour conduire d’autres enquêtes. Bref, les journalistes ne peuvent plus faire leur métier pour possible violation des recettes garantissant la compétitivité de l’entreprise dans l’avenir.
La menace incombant
“C’est très grave pour la façon de travailler des journalistes, surtout pour les futures générations: ça donne un précédent à la jurisprudence,” affirme un journaliste chez Reflets. Effectivement, le danger principal est constitué par le concept de censure préventive, une question inédite et sûrement interdit par les lois européennes et françaises. Maître Gay, avocat plaidante pour Reflets, évoque dans ses conclusions l’article 10 de la Convention Européenne des droits de l’homme et du citoyen, qui revendique la liberté d’expression comme un droit fondamental. “Le secret des affaires n’a pas la même valeur des droits fondamentaux, il est protégé par une loi de 2017, mais pas par la constitution. C'est un texte de convention et donc il ne peut pas être opposé à un journaliste qui agit dans la tête de ses consciences” réitère Maître Basile Oudet. Le droit assure alors que c’est impossible d'interdire des futures publications sauf si le dommage est certain, donc s’il y a la violation d’un droit fondamental ou un trouble d’illicéité. Dans ce cas en particulier, la juge du tribunal de commerce, une chef d’entreprise, mais pas une magistrate professionnelle, n’a pas démontré la certitude du dommage imminent.
“C’est très inscrit dans le droit européen, alors pensons d’une façon plutôt sérieuse que le droit est à notre côté aujourd’hui,” explique Maître Bourdon, plaidant pour le SNJ. Les rides sur son visage révèlent sa tension. Sa rage profonde explose pendant l’audience, son discours sarcastique, indigné, fermenté. Il fait référence à une dérogation garantissant les droits des journalistes face aux lois sur le secret des affaires.
Du sensationnalisme pas du journalisme!
Les avocats d’Altice remettent en question la notion de journalisme responsable. Pendant la deuxième séance à Versailles, maître Ingrain pointe du doigt les journalistes de Reflets, qui cherchent le sensationnalisme plutôt que l'intérêt public. Voilà, Reflets collabore avec des criminels, le groupe de hackers Hive.
Toutefois, le SPIIL (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne) est clair: il faut obéir à une charte très exigeante en matière de pratiques journalistiques et Reflets en fait partie.
“On n’est pas le seul, d’autres journaux estiment que ces informations méritaient effectivement d’être discutées publiquement. C’est le cas du Monde, de Libération. On est soutenu par le Fond de la presse libre qui a lancé un appel qui a été signé par plus des médias et sociétés de journalistes, l’ensemble des syndicats des journalistes, parce que tout le monde comprend que c’est un risque pour l’ensemble de la profession,” Champagne parle du fond de récolte mis en place pour démontrer le soutien général. Alors qu’une partie est bien soutenue et claire dans ces positions, l’autre préfère se taire. Aux questions des journalistes, l’avocat Ingrain répond “Je n’ai pas le droit de parler sans mon client. Désolé, mais ce sont nos règles, on est sous les directives déontologiques.”
La réponse des terroristes de la liberté d’expression est le silence.


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